Cannes I be honest ?

72ème édition du Festival de Cannes, 3ème pour moi.
5 jours complets, 27 films, 50 kms marchés, 0 repas assis, nombreuses émotions traversées.

Le festival de Cannes ressemble de loin à un endroit qui vend du rêve, glamour, chic, soleil, ça brille, ça brille… Pour ma part, c’est l’occasion de voir plein de films, de 8h30 à minuit, c’est aussi le parcours du combattant. Ambiance guerrière, agressive et bien souvent ridicule, Cannes est aussi un lieu très représentatif d’une humanité qui va mal. 

Chaque jour je parcours environ 9 km pour tenter de maintenir ma moyenne journalière : 5 films. Levée 7h du mat, couchée à 1h, c’est un marathon où on passe beaucoup de temps à marcher vite et attendre, sous la pluie, dans le vent et parfois -pas trop cette année- sous le soleil. 

Dans les files d’attente, gare à vous si vous doublez quelqu’un -même si ce dernier va passer-, chacun tient son poste, à l’affut de quelconque mouvement. On est nombreux, très nombreux à vouloir voir ces films.
Films venus d’ici, de là, films dramatiques, terribles, barrés, drôles, légers. Des hommes sous l’eau, des filles au soleil, des lieux où on n’ira jamais, des histoires qui nous émeuvent, qui nous surprennent ou nous emmerdent.

On en veut. On en veut plein. 

Cette boulimie filmique peut avoir des conséquences assez négatives sur le comportement individuel.
La bienveillance, la générosité, la politesse ?  Va te faire voir! 

“ça applaudit à la fin d’un Ken Loach et ça te bouscule dans les escaliers”. 

Rien à foutre.

De grands nuages de laque embaument la croisette même une fois que le stand l’Oréal a fermé.
Beaucoup de monde vêtu de paillettes et d’argent se promène le soir en bord de mer, espérant pouvoir rentrer en soirée.

Ici il faut voir, voir une star pour certains, voir un film pour d’autres, et malheureusement se faire voir.

Le matin les premiers festivaliers se dépêchent pour l’entrée en salle à 7H45, les travailleurs eux nettoient le sol, plantent, rangent, ordonnent le sable et installent les transats.
Les sans abris ont encore le droit de squatter un peu face aux yachts.

L’arrogance des riches, celle de ceux qui voudraient l’être, et le luxe omniprésent me donnent la nausée.

Cannes est rageante, triste et décevante. 

Et pourtant…

Pourtant Cannes m’offre à chaque fois un shoot d’émotions dont je raffole.

Au delà du superflu visible de loin, à l’intérieur des salles c’est encore plus dur et plus fort selon les films, les émotions à peine ressenties font place à d’autres et encore à d’autres. On est dans un état curieux entre projection, réception et voyage planant.

Emmenez nous voir des jeunes, des vieux sans mémoire, des gens qui s’aiment encore, se détestent violemment, baisent sur des bateaux, tuent au couteau, bouffent des serpents dans la jungle, se baladent en ville ou sur des plages dorées, explorent des lieux SM. Mettez nous en colère, faites nous pleurer, rire, frémir, réfléchir, et même faites nous perdre notre temps. On est là pour ça.

Cannes c’est aussi du partage, des salles pleines, des expériences collectives jusqu’à 1000 devant le même écran, des débriefs matinaux en salle ou tardifs sur le balcon avec d’autres, pour qui, le cinéma a surement été comme pour toi la plus belle rencontre de leur vie.

Ce cinéma dans le quel on se love, on s’éloigne, on s’isole, on se protège du reste du monde et on s’abandonne comme à la meilleure drogue existante sur le marché. Alors courir, déménager, louper une soirée, un déjeuner, refaire sa vie, moins voir ses amis, ne pas rappeler sa mère pour un film ? 

Moi je suis partante, au moins quitte à voir la bienveillance disparaître, je préfère que ça se fasse sur un écran la lumière éteinte. 

Et puis,

Et puis de retour dans le ch’nord, en descente de trip, après un voyage interminable en mode “sas”, je prends le TER. En sortant de celui-ci à Gare du nord, je croise un homme habillé de jaune et micro aux lèvres, il essaie de maîtriser la foule qui sort. Il est grand, noir, avec un magnifique sourire, il nous dit gentiment “voilà doucement la sortie…on laisse passer, et je vous souhaite une bonne soirée…allé ! plus qu’un jour et c’est le week-end messieurs dames!”. Reconnectant avec le moment présent, une lumière jaillit de ce lieu souterrain et je souris enfin pour la première fois de la journée. Laissant les émotions cannoises de côté, je vis alors en lui toute la beauté du monde, pensant que sur une chanson de Christophe ou Morricone, filmé en plan serré, ce mec-là aurait bien sa place au cinéma.  

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