Archivo para diciembre, 2020

« All I want for christmas is you »

Posted in Escritura / Ecriture on diciembre 11, 2020 by marie

Jeudi 10 décembre 22h

« Rester optimiste » sont les mots pour conclure l’assemblée générale.
Heureusement qu’il y avait cette AG pour m’éviter le discours de ce soir…ce long zoom qui m’a fait louper la sentence en live. Merci l’ACAP !
Je sentais l’angoisse monter ces deux derniers jours. Je me surprenais bien trop souvent à googler dans actualités : « déconfinement » à la recherche d’un indice. Puis ce matin c’est la boule au ventre, nous tentons de déconner avec les collègues pour repousser la crainte, puis vient le stress et l’énervement, je deviens désagréable…qu’est-ce qu’il va dire, mais qu’est-ce qu’il va dire bon sang ?
Le 15 je n’y crois plus… certains optimistes m’ont fait miroiter le 19 ? le 21 ? Est-ce qu’on pourra maintenir le ciné-débat avec David Dufresne le 20 ? Revoir le public au moins une fois ? Leur permettre d’échanger, de se voir, de s’émouvoir.

Incertitudes.
Du coup, cette aprem’ je ne finis pas ma prog’, il me manque un film à caller…tant pis j’attends, et à la place nous partons en case 2 : « achats de biens ».
Partir à Cultura, acheter un cadeau de noël créatif, se prendre la tête sur quoi / pour qui, réfléchir au budget… Puis m’entendre dire que franchement c’est ridicule de s’offrir des cadeaux cette année. Je préfèrerai que tout ce monde aille en salles découvrir des films, des pièces, des concerts plutôt que se retrouver là à galérer pour trouver une place pour se garer puis entrer dans un magasin bondé. Nous allons tenter de se faire plaisir avec des biens qui s’accumulent alors que là franchement le seul truc dont nous ayons vraiment besoin, c’est un peu d’espoir. Même pas des paillettes, ni des trucs chers hein, non juste des dates claires ou des périodes, pas de faux espoirs de ré ouverture mais un objectif cohérent, une réponse adaptée… une espèce de lueur pour nous sortir de ce surplace.
 
On aurait dû faire une cagnotte.
Franchement ça aurait été le truc le plus utile à faire. Mon copain est intermittent du spectacle, il essaie de vivre comme artiste, il programme des dates, c’est annulé, il calle des réunions puis redéplace des actions, des projets, toutes ces galères cette année le rongent, et ça me rend triste. Des comme lui, bourrés de talent qui ne demandent qu’à partager leur passion avec le public mais qui ne peuvent pas, j’en vois plein malheureusement. Qu’ils soient sur scène, en régie, derrière ou devant la caméra, autour ou à côté d’un écran pour partager savoirs, compétences, intelligence, et surtout pour transmettre des émotions, des découvertes… tous ces professionnels sont à l’arrêt. Beaucoup en arrivent à se demander en quoi se convertir vu que la culture n’a plus besoin d’eux, le monde n’a plus besoin d’eux. En tout cas… pas pour l’instant. Car les lieux de diffusion sont jugés trop dangereux, donc fermés, et sans lieux de diffusion, c’est tout une partie économique du processus de création qui s’écroule.

Par contre acheter, ça, ce n’est pas dangereux, c’est même un besoin essentiel. S’entasser dans des magasins, toucher les mêmes produits, pas de problèmes. Cultura & Co vont vous proposer une panoplies de possibilités pour se faire des cadeaux palliatifs, en attendant… en attendant quoi ? la prochaine ré-ouverture puis fermeture ?

Non je n’y crois pas au fond, c’est sûr, on ne va pas ré-ouvrir.
Ça tombe. 7 janvier minimum.
C’est donc mort pour le ciné-rencontre « Un pays qui se tient sage », pour la conférence sur Tim Burton, c’est plié pour l’incroyable  « Josep », pas de « Drunk » pour l’apéro, ni de « Wendy » en voyage, « La chouette » ne pourra pas venir attendrir les bambinos, et ni même les « Trolls », c’est réglé pour « Michel Ange ». Plus de déception de ne pas avoir eu « Adieu les cons » et « Petit fantôme », pas de belles séances scolaires pré noël Eloïse.

« Rester optimiste ».
Oui, c’est vrai, il le faut !
Bien sûr, les spectateurs reviendront et oui un jour ou l’autre, nous repogoterons, nous pleurerons devant un film, et nous en parlerons pendant des heures, nous nous embrasserons, nous ferons des bouffes à tout plein, nous n’aurons plus peur pour nos parents, nous bougerons, nous vibrerons, nous nous retrouverons au bergo, et puis évidemment nous allons beaucoup mais alors beaucoup danser.
Oui un jour ça passera, je sais.
En attendant, l’inquiétude quant au devenir de nombreux secteurs d’activités grandit. Je pense à tous ces indépendants et les autres secteurs pleinement touchés. Dans le secteur où j’évolue, je pense à toutes ces petites boites qui vont déposer le bilan (des prestataires en passant par les distributeurs, producteurs), ces cinémas qui vont fermer, ces artistes, techniciens et autoentrepreneurs qui vont se reconvertir, ces films qui auront demandé des années de travail et de sacrifice qui ne seront pas diffusé, ceux qui ne se feront pas, ces tournées qui ne feront vibrer personne, ces œuvres qui resteront invisibles. Et aussi toutes ces rencontres qui n’auront pas lieux, ces amitiés et coups de foudre qui ne naîtront pas, tous ces projets qui resteront dans des dossiers ou finiront en ligne…

Alors je suis en colère certes, mais je suis surtout inquiète pour la survie de tous ces collègues et de tous ces gestes créatifs qui ne trouveront pas leur public, en vrai en chair et en os.
Plus largement je m’inquiète des priorités qui sont données à nos vies, à nos valeurs.
La diffusion de la culture dans des lieux soumis à un protocole sanitaire adéquat n’est pas un lieu de transmission plus dangereux qu’un magasin où au final en ces périodes il y a 0 contrôle… Alors pourquoi nos lieux de diffusion culturelle sont considérés comme plus dangereux ? 
Nous avions joué le jeu depuis le début, s’adaptant sur tous les aspects pour protéger les spectateurs qui eux nous manifestaient un besoin vital de s’évader et de se retrouver et ce même à condition d’être assis loin des uns des autres et masqués.
Malgré ces tentatives, reste un gros sentiment d’incompréhension de nos réalités. Car au final nous sommes juste une variable d’ajustement politique, moins importante que la religion et la consommation de biens. Pour un pays laïque dont la spécificité culturelle a toujours été une fierté, ça sonne faux. Pour moi la culture c’est clairement un besoin vital car elle apporte ouverture et tolérance, elle donne du sens, elle allège l’existence, elle fait se sentir vivant.
Mon boulot c’était de transmettre dans une salle de cinéma tout type de culture, des gros films aux pépites indépendantes, moins médiatisées, et qui aujourd’hui très fragilisées, risquent pour certaines de disparaître. Les plus solides vont rester c’est sûr, mais la diversité va se réduire.
Et là, mine de rien, notre écran va se rétrécir petit à petit et notre connaissance du monde aussi. Donc oui en attendant, certains de ces biens culturels nous permettront de continuer de voyager un petit peu… Mais franchement, si on me demande ce que je veux pour noël, c’est simple, c’est allumer le vidéo-projecteur en régie et accueillir les spectateurs, nos spectateurs et les nouveaux.
Car s’il y a bien quelque chose qu’on ne trouvera jamais dans les magasins, c’est l’incroyable émotion du réel et du partage de l’art. Alors rien que pour cette émotion de dingue, ok, je veux bien « rester optimiste ».