Un strip-tease pour ses 30 ans

Posted in Escritura / Ecriture on noviembre 29, 2019 by marie

Paris, un jeudi d’octobre, temps mitigé.

 

J’ai pris un jour de congés pour retrouver Tiphaine à la capitale, au programme : un déjeuner pour ses 30 ans suivi d’une expo.

Tiphaine est une fille joyeuse, un peu “tout feu tout flamme” comme ça vue de loin, avec sa veste en fausse fourrure tigresse. Fêtarde et cinéphile, elle est dotée d’un grand cœur, dans lequel elle met tous ses amis. Suite à deux ans de marathons ciné, bouffes et sessions thé improvisées, je crois que j’y ai ma place aussi.

Quand tu as rencard avec elle, tu sais qu’il y a des chances que rien ne se déroule comme prévu. D’où le besoin de ne jamais trop planifier. Pour moi, la Bree Van de Kamp de l’organisation c’est un challenge mais que voulez-vous ? Elle fait traîner sa vingtaine et l’énergie vitale qui va avec…je ne peux que la suivre, c’est ma petite cure de jouvence.

 

Nous nous sommes donc joyeusement retrouvées dans un bar miteux face à la gare du Nord. Nous avons trinqué un peu trop tôt puis nous nous sommes dirigé vers Le bouillon, brasserie du côté de Pigalle. Après une bonne assiette de tartiflette bien arrosée, nous avons digéré tranquillement en se baladant dans le quartier. Notre estomac étant trop rempli pour monter au Sacré Cœur, nous avons opté pour la carte “instructive” d’un sex-shop.

Rapidement l’envie de faire l’expo Bacon a laissé place à l’envie d’une “première fois”, une fois à ne pas oublier. Étant au cœur même du quartier “sexe”, voir un “strip-tease” de pro pourrait être une option.

Face à une porte un peu secrète, “Soso” la rabatteuse, nous a repéré.  Après quelques blablas de touristes débutantes : « non il n’existait pas de strip-clubs avec des danseurs hommes, oui il y aurait de la danse » ; elle nous vendit une entrée pour 20 euros par personne “mais attendez les filles ça inclut la boisson”.
Parfait ! Un whisky coca à 15h c’est tout ce dont nous avions besoin !

Nous entrâmes et très vite la magie de l’inconnu retomba.

Derrière ces portes mystérieuses ne se cachait pas le club “in” avec des superbes lumières, du velours partout, des beaux coussins, du glamour et de la séduction non non non… Bien au contraire ! En gros c’était une pièce à peine plus grande que mon salon avec une pauvre barre au milieu, 4 coins canapés dans les angles, une espèce de salle privée à gauche et surtout un lieu vide et sans ambiance. La décoration venait de chez Gifi, odeur de renfermé, 4 nanas au total : une serveuse au bar à l’entrée, une danseuse, une autre qui dort à côté des toilettes, et Soso qui reste dehors.

Nous nous sommes donc assises toutes peunotes se demandant où étaient passés la luxure et le champagne ?

Pas de Joe Cocker pour nous ambiancer mais du Maître Gims à plein volume…nous étions vraiment très loin des films américains.

Mais Soso avait raison sur deux choses : un whisky-coca méga dilué fut servi et nous avons eu droit à 1 danse, mais une seule !

La Sharon Stone locale arriva direct à la barre, pareil le décalage “visuel” était de taille, pas vraiment canon, pas vraiment moche, elle fit sa petite danse de façon très mécanique. Pour résumer : vague d’un côté, vague de l’autre, shake shake du boumboum short, soutif dégrafé, vague vague, puis elle reprit son petit bout de tissu en disant “et voilà”.
Durée : 4 minutes. Fin du spectacle.

Ah…C’était donc ça ??

La déception était réelle, de l’extérieur ou de l’intérieur, le sexe ne vendait vraiment, vraiment pas du rêve. La danseuse faisait son job, avec plus d’assurance que nous au moment de passer la porte, mais nous n’étions pas l’appât. C’était express et c’était le deal, elle n’allait pas non plus en faire des caisses et balancer du glamour pour deux provinciales un peu pompettes en recherche de nouveautés.

La cible de ce Crazy horse bon marché, ce n’était pas nous mais plutôt le monsieur qui entra au bout d’une vingtaine de minutes.

Commercial lyonnais en déplacement à la capitale, il se fit escorté directement dans la “salle privée”. Comme la “porte” se résumait à un paravent en bambou, nous pûmes suivre dans les moindres détails toute la conversation. Oui il avait une carte bleue mais c’était celle du travail donc non il ne pouvait pas se payer une autre danse (même si sur le relevé bancaire apparaîtrait un faux nom d’enseigne), non il ne pouvait pas l’inviter à boire une bière à 25 euros, ni aller avec elle au distributeur retirer. Curieusement, il réussit à sortir sans claquer plusieurs centaines d’euros comme d’autres le mentionnaient dans les commentaires google que nous consultâmes après.

Nous sortîmes à notre tour, Soso était en train de se faire engueuler par la danseuse comme quoi elle laissait entrer des mecs fauchés.

Nous descendîmes de Pigalle, et autour d’un double café, flottant dans l’étrange sensation d’avoir vécu un épisode de Zone interdite, nous optâmes pour aller siester un peu.

Oublier l’instant puis se le remémorer à jamais, “un strip-tease pour ses 30 ans”, pas sur M6 mais dans la vraie vie, c’est une première fois.

 

Cannes I be honest ?

Posted in Cine, Escritura / Ecriture on mayo 26, 2019 by marie

72ème édition du Festival de Cannes, 3ème pour moi.
5 jours complets, 27 films, 50 kms marchés, 0 repas assis, nombreuses émotions traversées.

Le festival de Cannes ressemble de loin à un endroit qui vend du rêve, glamour, chic, soleil, ça brille, ça brille… Pour ma part, c’est l’occasion de voir plein de films, de 8h30 à minuit, c’est aussi le parcours du combattant. Ambiance guerrière, agressive et bien souvent ridicule, Cannes est aussi un lieu très représentatif d’une humanité qui va mal. 

Chaque jour je parcours environ 9 km pour tenter de maintenir ma moyenne journalière : 5 films. Levée 7h du mat, couchée à 1h, c’est un marathon où on passe beaucoup de temps à marcher vite et attendre, sous la pluie, dans le vent et parfois -pas trop cette année- sous le soleil. 

Dans les files d’attente, gare à vous si vous doublez quelqu’un -même si ce dernier va passer-, chacun tient son poste, à l’affut de quelconque mouvement. On est nombreux, très nombreux à vouloir voir ces films.
Films venus d’ici, de là, films dramatiques, terribles, barrés, drôles, légers. Des hommes sous l’eau, des filles au soleil, des lieux où on n’ira jamais, des histoires qui nous émeuvent, qui nous surprennent ou nous emmerdent.

On en veut. On en veut plein. 

Cette boulimie filmique peut avoir des conséquences assez négatives sur le comportement individuel.
La bienveillance, la générosité, la politesse ?  Va te faire voir! 

“ça applaudit à la fin d’un Ken Loach et ça te bouscule dans les escaliers”. 

Rien à foutre.

De grands nuages de laque embaument la croisette même une fois que le stand l’Oréal a fermé.
Beaucoup de monde vêtu de paillettes et d’argent se promène le soir en bord de mer, espérant pouvoir rentrer en soirée.

Ici il faut voir, voir une star pour certains, voir un film pour d’autres, et malheureusement se faire voir.

Le matin les premiers festivaliers se dépêchent pour l’entrée en salle à 7H45, les travailleurs eux nettoient le sol, plantent, rangent, ordonnent le sable et installent les transats.
Les sans abris ont encore le droit de squatter un peu face aux yachts.

L’arrogance des riches, celle de ceux qui voudraient l’être, et le luxe omniprésent me donnent la nausée.

Cannes est rageante, triste et décevante. 

Et pourtant…

Pourtant Cannes m’offre à chaque fois un shoot d’émotions dont je raffole.

Au delà du superflu visible de loin, à l’intérieur des salles c’est encore plus dur et plus fort selon les films, les émotions à peine ressenties font place à d’autres et encore à d’autres. On est dans un état curieux entre projection, réception et voyage planant.

Emmenez nous voir des jeunes, des vieux sans mémoire, des gens qui s’aiment encore, se détestent violemment, baisent sur des bateaux, tuent au couteau, bouffent des serpents dans la jungle, se baladent en ville ou sur des plages dorées, explorent des lieux SM. Mettez nous en colère, faites nous pleurer, rire, frémir, réfléchir, et même faites nous perdre notre temps. On est là pour ça.

Cannes c’est aussi du partage, des salles pleines, des expériences collectives jusqu’à 1000 devant le même écran, des débriefs matinaux en salle ou tardifs sur le balcon avec d’autres, pour qui, le cinéma a surement été comme pour toi la plus belle rencontre de leur vie.

Ce cinéma dans le quel on se love, on s’éloigne, on s’isole, on se protège du reste du monde et on s’abandonne comme à la meilleure drogue existante sur le marché. Alors courir, déménager, louper une soirée, un déjeuner, refaire sa vie, moins voir ses amis, ne pas rappeler sa mère pour un film ? 

Moi je suis partante, au moins quitte à voir la bienveillance disparaître, je préfère que ça se fasse sur un écran la lumière éteinte. 

Et puis,

Et puis de retour dans le ch’nord, en descente de trip, après un voyage interminable en mode “sas”, je prends le TER. En sortant de celui-ci à Gare du nord, je croise un homme habillé de jaune et micro aux lèvres, il essaie de maîtriser la foule qui sort. Il est grand, noir, avec un magnifique sourire, il nous dit gentiment “voilà doucement la sortie…on laisse passer, et je vous souhaite une bonne soirée…allé ! plus qu’un jour et c’est le week-end messieurs dames!”. Reconnectant avec le moment présent, une lumière jaillit de ce lieu souterrain et je souris enfin pour la première fois de la journée. Laissant les émotions cannoises de côté, je vis alors en lui toute la beauté du monde, pensant que sur une chanson de Christophe ou Morricone, filmé en plan serré, ce mec-là aurait bien sa place au cinéma.  

Dimanche, jour du seigneur

Posted in Escritura / Ecriture, Musica / Musique on marzo 6, 2019 by marie
Paris, fin février, un dimanche exceptionnellement ensoleillé, avec les filles, nous avons beaucoup marché.
Retrouvailles devant la salle, assis sur un banc, Flo demande “quel genre de musique c’est Nils Frahm?”, je laisse répondre Julien, à part les mots piano et électro, je ne saurai pas lui attribuer de genre.
Nous voilà à l’intérieur, grands et beaux miroirs, velours rouges, balcons sculptés, Le Trianon a la classe et -déformation pro oblige- quelques ressemblances avec des salles de cinéma de vieux films italiens.
Sur scène, piano, keyboards et autres instruments sont déposés, la lumière est douce, à l’image du voyage qui nous attend.
Le public se lève et s’approche de l’autel, le jeune allemand arrive avec la wibe d’un moine bouddha, bienveillance absolue, on va passer un bon moment. Le premier morceau débute, sans surprise, regards complices, nous trouvons ça très beau.
Nils a l’air d’un grand enfant en train de fabriquer des histoires avec ses playmobils, vif, amusé, il joue avec créativité. Dans sa chambre où nous avons eu le droit de pénétrer, règne un étonnant grand silence, c’est lui qui sait, c’est lui fait, c’est lui qui dit.
Au bout d’un moment, ne tenant plus debout, je m’assoie. Nouveau morceau, piano. Silence. Autour de moi les gens ont la tête baissée, ils reçoivent telle une bénédiction ce qui remplit toute la salle, cette vibration magique crée par cet enfant génie. Je ferme les yeux et au son des notes, je me retrouve assise dans le taxi-camionnette où nous étions il y a quelques jours, loin, loin, loin. La proximité avec ces spectateurs inconnus me rappelle celle des autres passagers prêts pour une nouvelle aventure, mais cette fois sans les touristes russes abonnées au “nie” “nie”, la communion peut commencer.
Rapidement sans savoir pourquoi, ce souvenir est vite submergé de mélancolie, comme si le caractère éphémère de tout moment, ce voyage, ce concert, suffisait à le rendre triste. Présent fort qui est déjà passé, je pense alors aux couples de voyageurs au cinéma : les gringos au Maroc d’Iñárritu, les chinois sur les routes d’Argentine dans “Happy together” de WKW, dépourvus de certitudes, se laissant emporter. Je nous fige alors nous aussi telle une scène de film, sur les routes de Thaïlande au son de Nils Frahm, que je pourrai revoir, Inch Allah, les yeux fermés.
https://www.youtube.com/watch?v=xLNeZogTsK8

CARGOFEVER

Posted in Escritura / Ecriture, Video on diciembre 21, 2018 by marie

CARGOFEVER 1/3
Quelques mots et quelques images sur mon voyage en cargo
Volet #1 : “Dans le gris, des couleurs”

Lundi 13 août

Cette année j’ai réalisé mon rêve : celui de voyager en cargo.
J’ai choisi une formule légère : 6 jours, de Dunkerque à Dunkerque en passant par Tilbury, Anvers et Vlissigen.
Je l’ai accompagné d’un sac bien rempli : caméra, appareil photo, musique, podcasts, livres, films et j’ai fait le grand saut.
La veille de mon départ alors que j’étais entourée d’arbres sur un festival de musique picard avec des proches… picards, l’un d’eux me fit remarquer l’étrangeté de mon voyage en me questionnant sur le choix de ce type de bateau, les conteneurs représentant la mondialisation et donc -je caricature légèrement – l’ennemi. Il aurait d’avantage approuvé -je pense- un voyage sur un voilier.
Ne sachant pas trop expliquer ma “passion visuelle” pour les conteneurs, les grues, les cargos -et tant qu’à y être les trains, les silos, les usines de pétrochimie et tout ce qui est en métal et cylindrique (amis freudiens…)-, ce n’était pas la première fois que je restais sans réponse claire.
Du coup cette remarque m’accompagna tout le trajet jusqu’au port pour la bonne raison que je ne m’étais pas poser la question sous cet angle :
et si mon voyage n’était pas raccord avec l’éthique ?
C’est vrai après tout, cet ami avait raison, si on s’intéresse à l’histoire des conteneurs cette invention de Mc Lean en modifiant les possibilités de production et donc de consommation, n’y est pas pour rien dans ce dérèglement où tout se sur-consomme, sans besoin, avec crédit, pour un oui pour un non.
(Au passage le bon vieux Lean est devenu richissime très vite mais meurt ruiné et dans l’anonymat total car il avait oublié de breveter sa boite magique!
Ahlala, la vie est une chienne…)
Bref, dans le conteneur on y met de tout, le métal ne coute rien, on le transporte partout de la même façon donc en grande quantité, reste à choisir l’incoterm EXW/FOB qui va bien pour savoir qui prend en charge quoi.
On peut alors aller récupérer la pièce A en Chine pour l’assembler avec B qui vient d’Argentine et y rajouter C en Allemagne et le consommer aux Etats-Unis pour trois fois rien. La révolution du transport a engendré des modes de consommation différents allant bien sûr jusqu’à changer nos modes de vie. Payer moins cher ça ne dérange pas trop la société par contre comme toujours on se rend compte un peu tard que le prix à payer en terme de pollution de ces bêtes de transport est lourd, très très lourd.
En ce sens on est bien loin de l’AMAP et du covoit’ citoyen mais de nos jours, qui ne possède rien venant d’un conteneur?
Malheureusement le problème nous échappe, même les gars travaillant sur ce cargo ne savent pas qu’est ce qu’ils transportent !
Donc j’avais effectivement pas pensé à cette notion de “ce qui est correct”, m’intéressant d’avantage à l’expérience, à la découverte de ce monde à bord et de ses gens. J’aurais peut-être dû, mais je ne serais peut-être pas là aujourd’hui.
Se rapprochant de notre premier arrêt Tilbury, je vois tout ce gris de fumée qui s’échappe des usines proches du port.
Va savoir pourquoi j’aime les conteneurs ?
Peut-être que derrière cette froideur apparente et ce constat désolant, il y a des choix de vies, des hommes de toute part qui pour servir nos petits caprices, s’éloignent de leurs proches, vivent sur le fil de l’eau, connaissent la mer et cet engin aussi passionnant que paradoxal qu’est le cargo.
Peut-être que sous ce gris plombant des nuages marins mélangés aux fumées toxiques, le rouge et le bleu qui colorent les façades métalliques des conteneurs m’attrapent l’oeil, le capturent, l’impressionnent. La sensation d’être dans une partie de tétris grandeur nature sans l’aspect game over. Bien au contraire en y rajoutant la mer omniprésente, le bleu gagne haut la main le passionnel rouge feu, et m’offre l’instant du voyage, une tranquillité à part et un sage horizon qui m’emporte bien loin.

 

CARGOFEVER 2/3
Quelques mots et quelques images sur mon voyage en cargo
Volet #2 : “Les habitants de l’ogre de métal”

Vendredi 17 août

Ils sont là à tout moment : le “crew”, personnel philippin, les “officers”, officiers roumains à s’animer à l’approche du port. Monté plus en amont du courant, un pilote venant du port d’arrivée va les aider pour atteindre le quai. Courants, bancs de sable, zones à éviter, tout est anticipé, dessiné, mis sur logiciel, cartes, tableaux et feuilles de route.
Pas la moindre erreur n’est possible, trop d’argent en jeu, il faut aller vite, très vite.
Seulement le cargo n’est pas un bateau rapide, il est lourd, il est imposant, il se déplace tout doucement. Pour le mettre en marche des machines sur-puissantes se cachent dans ses entrailles et beaucoup trop de fioul est nécessaire pour démarrer son coeur.
Enfin, le monstre se réveille et avance bras grand ouverts vers des grues qui n’attendent que lui. Tentacules greffées le temps d’un câlin fusionnant de métaux diverses, autour d’eux, d’étranges véhicules aux embouts clignotants accompagnent les retrouvailles.
Semblable à un ballet mécanique, le chargement et déchargement des conteneurs est captivant, incessant, bruyant.
Les heures passent et nous sommes toujours à quai.
Quel paradoxe curieux de se retrouver immobiles sur un bateau. Mes compagnons de route, un couple de passagers normands absolument charmants, et moi-même s’inventent une routine. L’équipage ne comprend pas pourquoi on ne fait pas une croisière normale…
C’est une question de point de vue, moi, je me sens bien sur mon ogre, telle une puce qui se perd dans ses poils, j’explore son corps afin d’en saisir un peu les contours.
Mon pauvre ogre ne me parle pas. Il fait peur aux gens mais en fait c’est une marionnette, à sa tête, le metteur en scène du spectacle doit être bien loin, en croisière aux Bahamas, peut-être.
Mais mon ogre n’est pas seul, il est habité, habité par des fourmis, qui mangent à sa gauche, par des cigales qui mangent à sa droite. La cigale capitaine chante bien, je ne peux pas lui en vouloir de jouer du côté des cols blancs, j’y suis aussi, pas à sa table certes, mais pas loin. Elle nous ouvre toutes ses portes c’est déjà ça.
Les fourmis quant à elles, nous sourient, s’assurent qu’on ait un casque, du schweppes dans notre minifrigo, et nous invitent au karaoké.
A quai, la cigale et la fourmi branchent le processus d’alimentation de mon ogre et d’autres fourmis du port viendront s’en charger. L’ogre n’a peut-être pas faim mais on va bien lui remplir la panse. Il engloutira toute la journée des conteneurs, qu’il régurgitera ailleurs dans un autre port, avant d’être à nouveau rassasié.
Pauvre barque qui de part son surcroit hormonal, est condamnée à la perpétuelle situation de boulimie anorexique.
Carcasse de métal qui abrite en son sein des vies, qui s’éloignent d’autres vies, pendant des mois, pour un meilleur salaire ou par addiction à la sainte mer…
Allé…encore une petite bouchée d’acier.

CARGOFEVER 3/3
Quelques mots et quelques images sur mon voyage en cargo
Volet #3 : “Mouvement ascendant”

Septembre 2018

Observation de ce flot berçant, brillant, vivant.
des lignes au loin qui se confondent
et des lumières qui pourraient être l’enfer ou le paradis,

état de réveil permanent,
comme des pulsations cardiaques,
rythmique et mathématiques invitées,
tout est une question de point de vue.

Du cargo on regarde tout du ponton, le lieu le plus haut du bateau,
alors…prendre de la hauteur n’a jamais eu autant de sens,
un peu plus, on se sentirait important,
la fumée se transforme en nuage où rebondissent pensées et rêves les plus fous
les vagues montagnes enneigées,
montent et descendent,
la mer, masse prête à jaillir,
fuse telle un volcan,

et se contient,

à sa surface, elle nous retient en vie,
sur les épaules de l’ogre de métal,
absorbés par ce spectacle de l’horizon,
on ne tombera pas,
non on ne tombera pas.

Le bourreau amoureux

Posted in Video on julio 12, 2018 by marie

Stop-motion fait maison !!

Besoin de prendre l’air

Posted in Escritura / Ecriture on julio 24, 2017 by marie

Ton ciel est bas Picardie

Tes plaines sont belles,

tes couleurs, tes gens, tes nuits,

tout me va…

Mais putain ça manque d’air ici!

C’est un trop plein de toi Picardie,

Ma passion pour le cinéma vis en toi,

Chaque jour à Beauvais,

j’entre dans la salle, je l’ai là,

tout près de moi,

comme un chat qui ronronne un soir où il fait froid.

Ce cinéma je l’aime,

je m’y fais plaisir

et je crois encore pouvoir le remplir.

Parler des films avec des jeunes lycéens,

recevoir des “j’ai pas pleuré Madame” des écoliers après “ET”

se faire des sessions privées entre copains le midi,

avoir des cinéphiles me racontant leurs derniers films,

voir de nouveaux visages qui auront la surprise, une fois passé la billetterie,

de pouvoir amplement choisir leur place dans cette grande et asymétrique salle.

Elle est vieille mais elle a de la gueule!
C’est le bordel mais ça fonctionne encore!

Et toi-même tu ris, tu pleures et même tu danses

devant ce putain d’écran.

Putain d’écran blanc qui me bouffe la vie

de Barcelone en passant par Belfort pour atterrir en Picardie.

Mon écran préféré en Picardie

ce sont les champs de blé au mois de juin.

Ces vastes étendues de jaune contrastant avec le vert,

c’est du pur Brésil.

T’y rajoutes les ailes des éoliennes

et tu es dans de la science-fiction picarde!

Pas étonnant que j’en rencontre des phénomènes picards!

Picardie, tes habitants… c’est quelque chose!

Ah on ne s’ennuie pas ne Picardie!

Même si ton horizon est plat,

tes gens, laisse moi te dire, ils ne manquent pas de saveurs!

Ah ils sont denses les Picards, je n’en connais pas deux pareils!

Oui ils disent “une t’chote bière” de la même façon

mais quelle diversité de vies arpente tes veines.

Les Picards, vous êtes entrés dans mon cœur,

que ce soit à la terrasse d’un café,

dans un bureau, devant un concert

ou la tête sur l’oreiller,

vous m’en avez donné des émotions cette année!

Mais ces émotions elles sont lourdes à porter sous ce ciel si bas,

les nuages m’empêchent de voler haut

alors bon…

ne m’en veux pas Picardie

mais là, j’ai ma dose de toi.

Faut que j’aille vers des cieux dégagés,

là où tout s’envole simplement,

là où ça respire.

Couper les écrans et regarder la vraie vie,

sans se faire 1000 films à la seconde,

laisser l’esprit divaguer au rythme des vagues,

sous un soleil enivrant,

ne serait-ce qu’un mois de temps.

Je reviens donc Picardie,

à la rentrée ton blé aura été récolté,

à quoi ressembleront tes si belles plaines?

et cette fois, quel cinéma tu inventeras pour moi ?

Avec le temps

Posted in Musica / Musique on junio 30, 2017 by marie